Envie #1: ma première nouvelle intitulée “La rencontre” 1/2

Parmi tout ce que j’ai écrit, il y a quelques nouvelles. J’aime particulièrement leur format court et incisif. Il faut être direct et clair pour arriver à faire passer son message.

Les histoires que je raconte sont en grande partie des drames car elles me sont souvent inspirées par des évènements choquants qui me laissent un goût d’inachevé. Je me demande souvent comment les victimes et les coupables en sont arrivés à de tels actes. Qu’est-ce qui les a amené à une rencontre souvent fatale ?

La rencontre

Je suis assis dans un wagon deuxième classe d’un train qui me ramène à Rouen. Côté fenêtre bien sûr. Cela fait une éternité que je n’ai pas revu les paysages verdoyants de la Normandie. Un an, à vrai dire, depuis que je suis parti à New York pour finir mes études de droit.
Nous sommes bientôt arrivés. Je reconnais le clocher de l’église. Dans cinq minutes exactement annonce la voix de l’hôtesse au haut-parleur. Je vois enfin le quai de la gare et tous mes souvenirs me reviennent subitement. Mon petit boulot d’agent d’accueil pendant l’été pour gagner un peu d’argent, ma rencontre avec Jala, la future Madame Roussel mais elle ne le sait pas encore, c’est une surprise, mes escapades nocturnes entre potes à boire quelques bières en contemplant les étoiles dans le champ des voisins, ma première mobylette, mon premier baiser, mes galères d’étudiants. Que de bons souvenirs maintenant que j’y repense. Tout m’est si familier, cela fait du bien de rentrer chez soi. Je descends du wagon et je respire profondément pour m’imprégner de cette atmosphère qui m’a tellement manqué. Immobile au milieu de la foule qui va et qui vient dans un flot continuel, je prends quelques secondes de répit. Deux trois personnes me regardent interloquées, elles doivent se demander ce que je fabrique.

— La numéro 3.
— Ca fait 20 euros, Monsieur.
Plus que deux minutes et j’ai enfin fini ma journée. Mais, je crois que j’ai parlé trop vite voilà le gros Robert qui s’amène, avec sa chemise tendue sur son énorme ventre poilu dont les boutons sont prêts exploser à chaque mouvement. Le gros Robert, c’est mon patron. Un gars quasiment obèse, qui a une étrange ressemblance avec un cochon et plein aux as. Il possède une dizaine de stations services dans toute la région et se trimballe tout le temps avec sa poupée de compagnie, Mila, une jolie blonde russe d’à peine vingt-cinq ans. Comme quoi, l’argent ça rend beau, je n’ai pas cette chance. Mais bon si j’étais à sa place, je pense que j’en profiterai aussi. Bref…Vous savez quel est le passe temps favori de mon boss ? Me pourrir la vie. Il passe tous les jours et chipote sur le moindre truc. Une étagère mal placée, une boite cabossée, le papier dans les toilettes, une livraison en retard et j’en passe.
— Hé, Stéphane ! Tu iras nettoyer les toilettes avant de partir, m’ordonne-t-il froidement.
Vous voyez, c’est ce que je vous disais. C’est tous les jours la même chose. Il attend la dernière minute pour me demander de sortir les poubelles, de ranger une palette, de passer la serpillière ou n’importe quoi d’autre. J’en ai plus que marre de ce boulot d’autant plus que les toilettes doivent être dans un état désastreux. On est le premier samedi des grandes vacances alors ils en ont vu défiler du monde. Mais, je ne vais pas trop me casser la tête. Une bouteille d’eau de javel et quelques coups d’éponge et le tour est joué. Cinq minutes montre en main. Terminé ! Je vais me changer et je ne remets plus les pieds dans cette maudite station-service jusqu’à mardi prochain. J’ai travaillé quarante-cinq heures cette semaine et j’en ai ma claque. Je suis devenu « l’esclave » de la station Alta.

Je me dirige vers le parking où mon père m’attend. Il n’a pas changé en un an.
— Salut fiston ! Content de te revoir, me dit-il avec un large sourire.
— Moi aussi papa !
Il me serre dans ses bras quelque instants. Mon père n’a jamais été très démonstratif. Je peux vous assurer qu’il vient de se surpasser. Je sens qu’il est vraiment content que je sois rentré.
Nous prenons la route pour Doudeville, un village à une quinzaine de minutes de Rouen. Mon village. Je suis quasiment certain que mes parents m’ont préparé une surprise. Un repas, peut-être, avec toute la famille et Jala. Cela fait six moi que je ne l’ai pas vu, depuis qu’elle est venue passer les vacances de Noël avec moi. Je suis stressé et impatient de tous les revoir. Le trajet se passe en silence. C’est ce que j’apprécie avec mon père, nous n’avons pas besoin de mots pour nous comprendre.
Nous voilà devant la maison. Mon cœur bat à tout rompre. Mon père sort de la voiture et prend mes bagages dans le coffre.
— Je monte tes affaires dans ta chambre. Va dans le jardin, je pense que ta mère doit être entrain d’arroser son potager.
J’acquiesce avec empressement et me rend dans le jardin. J’ai hâte.

Cela va me faire du bien de voir mes potes ce soir. C’est la pendaison de crémaillère d’Erica et John dit Johnny la banane pour les intimes. Je décide de m’arrêter chez le caviste du coin pour acheter une ou deux bouteilles de vin histoire de ne pas arriver les mains vides.
Leur maison n’est pas très loin de la station-service si je me souviens bien des indications de Marc. Il faut que je prenne la N 27 en direction de Rouen jusqu’à Doudeville. Arrivé au village, je prends la première à droite après l’église et c’est la sixième maison sur ma gauche. Ca à l’air d’être ça. Il y a quelques voitures garées devant et j’entends des bruits de conversation et de la musique. J’arrive à trouver une place un peu plus loin et je me dirige vers la fête. J’ai à peine sonné que John m’accueille à bras ouverts.
– Salut Stéphane, mon pote !
– Salut Johnny. Tiens, je t’ai apporté à boire.
– Tu n’aurais pas dû. Ça me fait plaisir de te voir. Viens, je vais te faire faire le tour du propriétaire.
Quelques bises et quelques accolades plus tard, il me fait visiter les lieux. Et je dois avouer que c’est vraiment pas mal. Cette baraque doit faire 150m2 dans un style vieille ferme rénovée. La grande classe.

Arrivé dans le jardin, ils sont tous là. Mamie Gentiane, tonton Henry et même la cousine Odette et bien sûr Jala. Quelle joie ! Après une bonne demi heure d’embrassades et d’effusions, tout le monde est presque remis de ses émotions et le repas peut enfin commencer.
Ce sont les femmes de la famille qui ont préparé les salades, les tartes et les gâteaux tandis que les hommes se sont occupés du barbecue. La nuit est douce et l’ambiance bon enfant mais je commence à ressentir la fatigue de mon voyage et du décalage horaire. Et puis, j’ai envie d’être un peu seul avec Jala. A une heure du matin, nous arrivons à nous éclipser discrètement. Elle m’a tellement manqué. C’est bon d’être dans ses bras, de sentir sa peau, de caresser ses cheveux. La nuit est à nous.

(la suite de “La rencontre” est à lire ICI)

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1 Comment

  • Bonga Bonga Gailly Mathias dit :

    Nice:). Je suis même écrivain accentué poète..
    jette un coup d’oeil sur mon blog si le coeur t’en dit..
    Se qu’il y.a de bien, c’est que j’ai été en Normandie à la fin du printemps l’année dernière. Donc, je peux.sans.peine m’imaginer les décors que ton personnage voit par la fenêtre de son train et.sans quel cadre l’action se déroule. Bonne continuation, je.viendrais lire la suite mardi.

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